Les travailleurs de l’ombre

Nous sommes ces travailleurs sociaux dont on parle peu. Généralement, le grand public ne sait pas vraiment ce qu’est réellement notre métier. Et pour cause : nous travaillons dans l’ombre de la société. En effet, il n’est pas une fierté d’annoncer que son enfant est pris en charge par des éducateurs spécialisés. Ce serait avouer ses faiblesses et ses lacunes parentales.

On connait plus ces éducateurs qui travaillent aux côtés des personnes handicapées, mais le milieu du handicap n’est qu’un des nombreux milieux dans lesquels les éducs travaillent.

Nous sommes des travailleurs sociaux qui prenons en charge des enfants dont les parents sont démissionnaires, malades, toxicomanes, perdus, qui ont des enfants trop désobéissants, délinquants… Nous sommes des personne qui essayons de remettre ces enfants sur le droit chemin, avec très peu de moyens, beaucoup de contraintes, trop peu de champ d’action. Nous sommes ces personnes qui, à partir de rien, doivent tout faire.

Notre métier est l’un des métiers les plus touchés par les burn out ( en quelques sortes, dépression professionnelle). Nous avons un métier prenant, un métier dans lequel on est obligés de se donner à corps perdu. Il est difficile de laisser le boulot au boulot, et pour cause, on travail avec l’humain, et l’humain ne se met jamais sur pause.

Nous avons des moyens dérisoires et nous nous retrouvons de plus en plus souvent face à des situations que nous ne pourrons pas maîtriser. Comme par exemple, la multiplication de ce qu’on appelle les « cas psys ». Ces enfants qui relèvent de la psychiatrie mais dont personne ne veut. Ils n’ont pas de problème d’ordre éducatif, mais d’ordre psychiatrique et nous ne sommes pas formés, pas habilités à traiter ce genre de « cas ».

Lorsque nous recueillons des enfants relevant de la sphère éducative, nous sommes contents de pouvoir faire ce pour quoi nous sommes là. Nous pouvons travailler avec eux, fixer des objectifs, faire que leur séjour ici ne soit pas vain. Enfin ça, c’est la théorie, c’est ce que nous aimerions, ce que j’aimerais. Or dans les faits, ce n’est pas tout à fait comme ça que ça se passe. Nous sommes contents, certes. Cependant, tous les professionnels ( souvent non diplômés, eh oui…) n’ont pas l’envie ou le réflexe de fixer des objectifs, de réaliser un projet individuel pourtant obligatoire par la loi. Notre structure avait déjà fermée dans le passé parce que tout n’étai pas respecté mais rien ne change véritablement. J’en viens à me demander si c’est une bonne chose d’embaucher des gens qui n’ont pas été sensibilisés aux écrits professionnels, à l’importance des projets etc…

Aussi, un autre problème et non des moindre est omniprésent dans notre métier : l’argent.
L’aide sociale à l’enfance ne devrait pas s’appeler ainsi. ASE s.a. ou ASE ets. serait plus adéquat! Je m’explique:

La présence au foyer de chaque enfant est facturé à la journée. Les enfants rapportent de l’argent quand ils sont présents. Ainsi les chefs sont clairement pas contents lorsque les enfants partent trop longtemps en hébergement chez leurs parents ou pire encore, partent du foyer. En effet, si un enfant a l’opportunité d’être réorienté ailleurs ou de rentrer chez ses parents alors qu’aucun autre enfant ne le remplacera au foyer, cette orientation sera repoussée voire annulée. On pense ARGENT, ils ont des $$$ dans les yeux. L’argent prime sur le bien être des enfants, on pense argent, on agit argent, on croit argent…

Cette facette du métier me dégoûte et je ne peux rien faire contre. Je me dois de garder la tête haute, de passer outre cet aspect financier pourtant bel et bien présent. Je me dois, pour l’intérêt de l’enfant, de travailler pour eux et non pour l’argent. Je ne suis pas commerciale, je ne suis pas vendeuse. Je suis éducatrice spécialisée et mon but est d’orienter les jeunes, de les aider à prendre un bon départ dans la vie.

J’aime mon métier, cependant les conditions de travail, les jeunes dont on ne peut, objectivement, rien faire, l’omniprésence de l’argent me dégoûtent. Je me donnerai toujours à corps perdu dans mon job, mais une amertume reste en fin de bouche…

images (1)

On ne nous dit pas tout ça à l’école. Quand on en sort, tout est beau, tout est bien. Or la réalité est toute autre. Je suis plus que motivée à faire mon boulot du mieux que je peux, mettre ma pierre à l’édifice, espérer changer un peu les choses à mon échelle. Des collègues moins âgés que moi, qui ont commencé à bosser il y a moins d’un an sont déjà dans cette spirale appelée fatalité. Je ne veux pas, je ne peux pas me résoudre à dire  » on n’y peut rien ». Je veux espérer que les choses changent, même si elles ne changeront peut-être pas, peut-être pas maintenant, mais un jour, qui sait, les choses seront différentes!! Je veux garder espoir. Je ne veux pas me dire que de toute façon, quoi que je fasse, ça ne sert à rien.

Si des éduc ou des travailleurs sociaux ont leur témoignage à apporter ( et même d’autres qui n’ont rien à voir avec ce métier), allez-y , je vous lirai avec grand plaisir.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s